À Sestius

By Charles Gill

Written 1919-01-01 - 1919-01-01

Le Zéphir a chassé du ciel les noirs nuages ;

On a remis à flot les carènes des plages :

Le rigoureux hiver fait place au doux printemps.

Déjà, le laboureur ne veille plus à l’âtre,

Et le libre troupeau gambade autour du pâtre ;

La blancheur du frimas n’attriste plus les champs.

Sous le croissant d’argent, les Nymphes jamais lasses

Dansent d’un pied léger, en se joignant aux Grâces ;

C’est Vénus qui les guide : elle conduit le jeu

Voluptueux et doux de leur taille flexible.

Les Cyclopes sont prêts pour leur travail pénible,

Cependant que Vulcain met les forges en feu.

C’est bien à cette époque heureuse de l’année

Qu’il sied de parfumer sa tête couronnée,

C’est maintenant qu’à Faune il convient d’immoler

L’agnelle ou le chevreau, selon qu’il le préfère,

Sous les arbres sacrés, quand leur ombre légère

Vient sur le dieu rieur doucement s’étaler.

La pâle Mort, au palais comme à la chaumière

Heurtant avec le pied d’une égale manière,

Confond le misérable et le roi tout puissant.

Opulent Sestius ! notre brève existence

Nous défend d’escompter une grande espérance ;

À nous donc de saisir le bonheur en passant.

Bientôt, la froide nuit que le séjour des Mânes

Recèle en son horreur, pèsera sur nos crânes,

Car Pluton nous attend dans l’antre du destin ;

Quand une fois pour nous ses portes seront closes,

Nos fronts ne ceindront plus la couronne de roses,

Tu n’admireras pas avec ton œil éteint,

La tendre Lycidas dont brûle la jeunesse,

Nous ne connaîtrons plus les heures d’allégresse

Où nous tirons au sort un roi pour le festin.