A Sonnet de Courval

By Charles-Théophile Feret

Written 1912-01-01 - 1912-01-01

Aux malades Virois, en médecin de Vire,

Au lieu de se borner à tailler des tombeaux,

A lui-même il bastit son monument, plus beau

De ses durables vers que d’un muet porphyre.

Ce Juvénal bourgeois écrivit maint libelle

Contre le féminin, et tança ses humeurs.

Il montre le Dégout épousant la Laideur,

Et ce qu’il croît de corne au mari d’une Belle.

Aucunes fois la Chaude au lit du flegmatique

— Et rage d’os pelvien passe le mal de dents —

Évente à grand meschef de ses soupirs ardents

Le sang trop froidureux des vaisseaux spermatiques.

La Superbe a mari lâche et ladre. — O lésine !

Sans rabats à la Guise, en robe de blanchet,

Moi, noble Damoiselle, où tant d’honneur t’échet,

Ne peux faire le brave autant que la voisine.

La Pauvre te contraint d’endurer les diffames.

L’Infidèle t’encorne en satyre bouquin.

Pour son honneur venger d’injurieux pasquin

La Quinteuse te pousse aux espagnolles lames.

De Laide, Pauvre, Riche, ou de Belle, son livre

Fait cruelle censure et portraits d’Arétin.

Mais sur toutes il hait la secrète putain

Baisant dévotement ses médailles de cuivre.

Ces Circés il purgea d’horrible scammonée,

Vomit au lit nopcier ; puis, bien vidé son pot,

Sans craindre les écueils signés par ses drapeaux,

Cingla délibéré vers le port d’Hyménée.

Il disait : « Le serez ! L’estes ! Ou bien le fustes ! »

Le fut-il ? Mourut-il squammeux, farci de clous,

Le priape écorché des dents de mille loups,

Comme l’avait prédit à bons maris de putes ?

Au moins d’un Récipe sauvait-il la dépense

Contre bouton de Naple ou chancre corallin.

Si toi-mesme as métier de baster un poulain,

Lecteur, dedans ses vers lis au long l’ordonnance.