A toi, toujours à toi

By Auguste Lacaussade

Written 1839-01-01 - 1839-01-01

En vain sur la terre étrangère,

Le souffle d'un sort rigoureux

A poussé la barque légère,

Qui porte l'objet de tes vœux.

Son cœur que la vague incertaine

N'a jamais séparé de toi,

Rêvant à la rive lointaine

Où ton souvenir le ramène,

Revole à toi, toujours à toi !

Aux lieux, où sa voix importune

Du ciel implore les faveurs,

Il est allé de la fortune

Cueillir pour ton front quelques fleurs ;

Et s'il gémit sur le veuvage

Des instants passés loin de toi,

Il espère un jour sans nuage ;

Et pour ranimer son courage

Il pense à toi, toujours à toi !

Quand la nuit a ramené l'heure,

Où l'amour, aux jours d'autrefois,

Le conduisait vers la demeure

Où l'appelait ta douce voix ;

Son front pensif se décolore,

Il pleure… il est si loin de toi !

Et quand revient briller l'aurore,

Les larmes qu'il répand encore

Coulent pour toi, toujours pour toi !

D'une jeune et chaste tendresse

Son cœur t'a donné tout le miel,

Il n'a qu'un regard de tristesse

Pour les vierges d'un autre ciel.

Quand il voit la beauté sourire,

Douce et pensive ainsi que toi ;

Un nom sur ses lèvres expire :

Il se trouble et sa voix soupire :

Mais c'est pour toi, toujours pour toi !

Sur les bords gazonnés des rives

Rêveur il vient s'asseoir souvent ;

Il plaint les feuilles fugitives

Qu'emporte la force du vent.

Son œil suit la nue inconstante

Qui semble s'envoler vers toi ;

Et si dans sa tristesse il chante

Une plainte vague et touchante ;

Elle est pour toi, toujours pour toi !

De la muse qui le console,

Les accents lui sont toujours chers ;

Souvent avec elle il s'isole

Sur l'écueil baigné par les mers.

Dans la mousse la vague expire :

Il la contemple… il songe à toi.

Et ses doigts effleurent sa lyre,

Dont la triste voix qui soupire

Parle de toi, toujours de toi !

L'oiseau qu'un ciel sévère exile

Du nid qui cacha ses amours,

Revole à son secret asile

Avec le soleil des beaux jours.

Celui qui te pleure en silence

Ainsi retournera vers toi.

Pour se consoler de l'absence,

C'est dans cette douce espérance

Qu'il pense à toi, toujours à toi !