A un ami

By Évariste Parny

Written 1775-01-01 - 1806-01-01

Quoi ! tu gémis d'une inconstance ?

Tu pleures, nouveau Céladon ?

Ah ! le trouble de ta raison

Fait honte à ton expérience.

Es-tu donc assez imprudent

Pour vouloir fixer une femme ?

Trop simple et trop crédule amant,

Quelle erreur aveugle ton âme !

Plus aisément tu fixerais

Des arbres le tremblant feuillage,

Les flots agités par l'orage,

Et l'or ondoyant des guérets

Que balance un zéphyr volage.

Elle t'aimait de bonne foi ;

Mais pouvait-elle aimer sans cesse ?

Un rival obtient sa tendresse ;

Un autre l'avait avant toi ;

Et dès demain, je le parie,

Un troisième, plus insensé,

Remplacera dans sa folie

L'imprudent qui t'a remplacé.

Il faut au pays de Cythère

A fripon fripon et demi.

Trahis, pour n'être point trahi ;

Préviens même la plus légère ;

Que ta tendresse passagère

S'arrête où commence l'ennui.

Mais que fais-je ? et dans ta, faiblesse

Devrais-je ainsi te secourir ?

Ami, garde-toi d'en guérir :

L'erreur sied bien à la jeunesse.

Va, l'on se console aisément

De ses disgrâces amoureuses.

Les amours sont un jeu d'enfant ;

Et, crois-moi, dans ce jeu charmant,

Les dupes mêmes sont heureuses.