A un comédien
Written 1925-01-01 - 1925-01-01
Parce qu’un philistin, tartuffe sermonneur,
A d’un salon guindé pu te faire proscrire,
Est-ce vrai, grand bouffon ! ton brave et large rire
Éclaterait ce soir avec moins de bonheur ?
Laisse donc. Le mépris des sots te fait honneur.
Reste dans ton théâtre où c’est l’art qu’on respire.
Ici le pâle Hamlet, au nom du vieux Shakspeare,
T’offre la bienvenue au manoir d’Elseneur.
Sois fier du préjugé qui t’écarte du monde ;
Pour lui jeter de haut la vérité féconde,
Reste sur tes tréteaux, volontaire exilé.
Ton art, comme la foi, doit planer sur la foule ;
Artiste, accepte-le jusqu’au martyre, et foule
Ces planches où le sang de Molière a coulé.