A un jeune homme

By Louis Bouilhet

Written 1859-01-01 - 1859-01-01

Jeune homme au cœur léger, ne touche point la lyre,

Va demander ta joie aux rêves d'ici-bas,

La pensée est un glaive, et sa pointe déchire

La main de l'imprudent qui ne la connaît pas.

Au temps que Jupiter, de la voûte éthérée

Descendait, à l'odeur de l'hécatombe en feu,

Quelqu'un vit, sur l'autel, dans la coupe dorée,

Un reste de nectar oublié par le dieu ;

Cet homme, entre ses doigts, prit la patère sainte,

Et flaira, curieux, le breuvage divin :

C'était un doux parfum de rose et d'hyacinthe,

Plus sucré que le miel et plus fort que le vin.

Il y trempa, sans peur, sa lèvre téméraire ;

Mais il goûtait à peine au liquide immortel,

Qu'il sentit dans son corps circuler le tonnerre,

Et tomba, tout en poudre, aux marches de l'autel !