A un magistrat de boue

By Paul Verlaine

Written 1896-01-01 - 1896-01-01

FOUS le camp, quitte vite et plutôt que cela

Nos honnêtes Ardennes

Pour ton Auvergne honnête d’où déambula

Ta flemme aux lentes veines.

Paresseux ! quitte ce Parquet pour encirer

De sorte littérale

D’autres au pied de la lettre au lieu de t’ancrer,

Cariatide sale,

Dans ce prétoire où tu réclames l’innocent

Pour le bagne et la geôle,

Où tu pérores avec ton affreux accent

Pire encore que drôle,

Mauvais robin qui n’as, du moins on me l’a dit,

Pour toi que ta fortune,

Qui sans elle n’eusses, triste gagne-petit,

Gagné la moindre thune,

Tu m’as insulté, toi ! du haut de ton tréteau,

Grossier, trivial, rustre !

Tu m’as insulté, moi ! l’homme épris du seul beau,

Moi, qu’on veut croire illustre.

Tu parles de mes mœurs, espèce de bavard,

D’ailleurs sans éloquence,

Mais l’injure quand d’un tel faquin elle part

S’appelle… conséquence.

La conséquence est que, d’abord tu n’es qu’un sot

Qui pouvait vivre bête,

Sans plus, — tandis que, grâce à ce honteux assaut

Vers un pauvre poète,

Un poète naïf qui n’avait d’autre tort

Que d’être ce poète,

As mérité de lui, paresseux qui t’endors

Poncif, laid, dans ta boète,

(Comme tu prononces, double et triple auverpin)

Que les siècles à suivre

Compissent, et pis ! ton nom, Grivel (prends un bain)

Grâce à ce petit livre.