À un poëte de combat

By Jean Aicard

Written 1867-01-01 - 1867-01-01

Puisque la vérité sublime

Vous embrase d’un saint désir

Et vous pousse à combler l’abîme

Que notre siècle doit franchir ;

Puisque le beau nom de justice

Fait resplendir votre drapeau ;

Puisque vous tenez pour le vice

Les clous tout prêts et le marteau !

Puisque vous rêvez pour la ville

La mort des préjugés railleurs ;

Puisque le héros qu’on exile

A lu votre amour dans vos pleurs ;

Puisque vous avez l’espérance

D’admirer un nouveau soleil

Qui ressuscite notre France,

Ou l’illumine à son réveil ;

Acceptez mon salut de frère,

Car je veux vous suivre au combat,

Et porter aussi la bannière

Qu’en vain la tyrannie abat.

Mes aînés, vous jouez un rôle

Aussi grand que je suis petit,

Mais sur la vôtre ma parole

S’aiguise, et le temps me grandit.

Hier j’ai dit : salut ! au poëte

Qui nous guide vers l’avenir,

Et fait marcher à notre tête

Sa pure gloire de martyr.

Aujourd’hui : salut ! aux apôtres

Qui vont prêchant la liberté,

Tombant les uns après les autres,

Seuls prêtres de la charité !

Salut ! j’ai voulu vous connaître,

Et vous dévoiler mon amour,

Mes frères, car bientôt peut-être

Je vais me lever à mon tour.

Oh ! puissé-je, dans la bataille

Que j’engagerai dès demain,

Grandir assez ma courte taille

Pour presser vos mains dans ma main !