À un Solitaire

By Auguste Lacaussade

Written 1852-01-01 - 1852-01-01

Pourquoi dans ta douleur croissante

Nous fuir sans cesse et t'enfermer ?

Ton cœur d'où la joie est absente,

Poète, a-t-il cessé d'aimer ?

L'arbre de tes belles années

N'a point connu les durs hivers ;

Pourquoi donc ces feuilles fanées

Au lieu de rameaux frais et verts ?

Le printemps fuit avec vitesse ;

Les jours froids assez tôt viendront.

Des pâles fleurs de la tristesse,

Crois-moi, ne charge point ton front.

Poète, il faut aimer et vivre,

Et surtout il faut espérer.

Devant ce ciel qui les enivre,

Nos yeux sont-ils faits pour pleurer ?

Pour qui sait voir de haut les choses

La vie a de charmants côtés.

Dans leur saison cueillons les roses,

Cueillons les rapides étés !

Laissons à la morne vieillesse

Les pensers noirs, les soins rongeurs.

La joie est sœur de la jeunesse :

Pourquoi donc lui fermer nos cœurs ?

Plaignons la jeune créature

Qui pâlit dans l'austérité.

Toute forte et belle nature

Sourit à la belle gaîté.

Je hais le songeur solitaire

Qui vit de rêve et mécontent.

Le plus doux rêve sur la terre,

Pour moi, c'est un front éclatant.

Crois-moi, fuis les songes moroses !

Des lourdes nuits fuis le sommeil !

Vivent les rires et les roses !

Vivent le vin et le soleil !

Viens avec nous fêter la vie !

La vie a de charmants côtés.

Le temps passe, fou qui l'oublie !

Cueillons nos rapides étés !