A une Espagnole

By Alfred de Musset

Written 1857-01-01 - 1857-01-01

Je voudrais être la duègne

Qui te peigne,

Quand, le matin, tes cheveux

Baignent ton épaule blanche

Et ta hanche,

Ondoyant en reflets bleus.

Que ne suis-je la mantille

D’où scintille

L’étoile de ton œil noir ;

Et, s’embaumant à la fièvre

De ta lèvre,

Ton bouquet jeté le soir !

Et la colombe au bec rose,

Qui, folle, ose

Frôler ton col élégant ;

Et l’éventail de la Chine

Qui s’incline

Sous ta main blanche sans gant !

Et la bottine jalouse,

D’Andalouse,

Enfermant ton pied mutin ;

Et le lin parfumé d’ambre

Où se cambre

Ton souple corps de satin ;

Puis à ton sein le doux rêve

Qui soulève

La croix de ton chapelet,

Enfin, de ta jarretière,

Femme altière,

Le riche et léger stylet !