A une vieille garde

By Paul-Jean Toulet

Written 1919-01-01 - 1919-01-01

Corps flasque qu'ont meurtri l'amour et les festins

Et le pesant fléau des minutes rapides,

Il est vrai que tes seins semblent deux outres vides,

Que ta jambe a maigri, que tes cheveux sont teints.

Mais honte à qui n'a pas admiré sous tes rides

Le squelette d'acier que t'ont fait les Destins,

A qui n'a pas goûté les plaisirs clandestins

Sous l'énervant contact de tes lèvres avides.

Idole fastueuse aux charmes malfaisants,

Éclatante d'émaux et de bijoux pesants

Et qu'ont peinte trois fois les habiles servantes,

Courtisane vieillie aux contours décharnés,

Nous honorons en toi les caresses savantes

Et ce corps qui lassa l'amour de nos aînés.