Accord

By Auguste Brizeux

Written 1874-01-01 - 1874-01-01

LA vague qui roulait menaçante la veille,

Sous le soleil levant brilla calme et vermeille ;

Or, tandis qu’à mes pieds, vague, tu t’apaisais.

J’allais sondant la vie et, pensif, je disais :

C’est là notre destin : l’homme est, à son aurore,

Un tout harmonieux qui cependant s’ignore ;

Il suit son innocence avec sécurité,

Et s’en va plein de foi, de douceur, de gaîté ;

Mais l’ombre vient, la route à ses regards s’efface,

Et de son conducteur l’enfant quitte la trace.

À travers les détours de ce voyage obscur

Il cherche un autre ami moins riant et plus sûr ;

Longtemps il erre seul : enfin sa conscience

Comme un guide éprouvé lui donne la science ;

Et ses forces, trouvant leur accord à la fois,

Forment un nouveau tout et qui comprend ses lois.

Bien heureux désormais quand l’épreuve est finie,

Et que son être entier n’est plus qu’une harmonie,

S’il se complaît lui-même en sa tranquillité

Et s’il ne brise plus cette sage unité !