Agar

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Quelle mère un moment ne fut ambitieuse ?

Quelle mère, en plongeant son âme curieuse

Dans les jours où son fils ira chercher ses droits,

N’a dit : « Voilà mon fils ! Que sont les fils des rois ?

« Vents ! portez dans les cieux la voix de ma prière ;

Dieu ! versez le pardon sur l’orgueil à genoux.

Oui, l’orgueil m’a saisie, ô mon Dieu ! j’étais mère ;

Et la mère et l’enfant tendent les bras vers vous ! »

« Enfant, ne pleure pas. Voici des fleurs. Je t’aime.

Nous trouverons là-bas, peut-être, un frais ruisseau ;

Tu dormiras content sous un jeune arbrisseau ;

Et peut-être avec toi j’y dormirai moi-même ! »

Ainsi la triste Agar, un enfant par la main,

De son cœur oppressé brise le long silence.

L’enfant rit à sa mère ; et, plein d’obéissance,

Cueille une fleur mourante et poursuit son chemin.

Ce chemin est brûlant ; le soleil le dévore :

L’enfant poursuit en vain, de chaleur obsédé,

L’arbre vert, l’ombre et l’eau ! Triste, il a demandé :

« Ce frais ruisseau, ma mère, est-il bien loin encore ? »

— « Là-bas ! » répond Agar. — « Oh ! que c’est loin, là-bas,

Ma mère ! » Elle se tait, détourne son visage ;

Du voile qui la couvre elle forme un nuage,

Comme un linceul mouvant où se traînent leurs pas.

Ses premiers pas, à lui, l’éloignent de son père !

« Ô Sarah ! de ton fils le sort est plus prospère.

Ô Sarah ! cet enfant pâle, nu, sans soutien,

C’est le fils d’Abraham… Non, mon Dieu ! c’est le tien !

Sauve-le ! sauve-nous. Un peu d’air ! un peu d’ombre !

Dieu ! ta main devant le soleil !

Le bruit frais de l’eau vive, un arbre au rideau sombre,

Une pierre mouillée, un fruit, et du sommeil ! »

Et l’enfant tout à coup s’arrête. Elle s’arrête.

Du voile qui l’étouffe il dégage sa tête ;

De ses cheveux touffus lent à se découvrir,De ses cheveux touffus lent à se découvrir,

Il tremble. Il jette enfin d’une lèvre altérée :

« J’ai soif ! » — Et dans le ciel l’espérance est rentrée…