Air de la princesse d'orange

By Victor Hugo

Written 1893-01-01 - 1893-01-01

Viens, ô toi que j'adore.

Ton pas est plus joyeux

Que le vent des cieux ;

Viens, les yeux de l'aurore

Sont divins, mais tes yeux

Me regardent mieux.

Avril, c'est la jeunesse.

Viens, sortons, la maison,

L'enclos, la prison,

Le foyer, la sagesse,

N'ont jamais eu raison

Contre la saison.

Pour peu que tu le veuilles,

Nous serons heureux ; vois,

L'aube est sur les toits,

Et l'eau court sous les feuilles,

Et l'oh entend des voix

Du ciel dans les bois.

Toutes les douces choses,

L'hirondelle au retour

Dans la vieille tour,

Les chansons et les roses

Et la clarté du jour,

Sont faites d'amour.

Aimer, c'est la première

Des lois du Dieu clément ;

Le bois est charmant ;

Et c'est de la lumière ;

Et c'est du firmament

Qu'on fait en aimant.

Belle, à la mort tout change ;

Le ciel s'ouvre, embaumé,

Superbe, enflammé,

Et nous dit : viens ! sois ange !

Mais qui n'a pas aimé

Le trouve fermé.