Allégorie

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

J’ai vu dans mon miroir où s’est connu mon songe,

Face à face et parmi des guirlandes de bronze,

Le sourire qu’avait ma joie ou ma tristesse ;

C’est là que j’ai trouvé cette autre que je cherche

Dans ma voix, dans mon pas sur les feuilles séchées,

Dans ce que ma mémoire a dit à mes pensées,

Dans ce que le silence apprenait à mon ombre ;

Et la voici parmi les guirlandes de bronze

Qui me regarde enfin avec mes propres yeux.

Ô mystère d’être la seule toutes deux,

Moi l’anxieuse, aussi, de cette autre anxieuse !

Ô double solitude où chacune était seule

Et d’où chacune enfin pour se voir est venue

Et pour être plus près encor s’est mise nue ;

Et je sais maintenant, sœur pareille aux fontaines,

Le sourire à jamais de ma face certaine

Autour de qui se crispe un feuillage de bronze

Où la gloire à mon front par un laurier s’annonce,

Et debout devant moi je fais avec mes mains

L’offrande de mes jours à mes graves destins !

J’ai vu dans mon miroir où s’est connu mon songe,

Face à face et parmi des guirlandes de bronze,

Le sourire qu’avait ma joie ou ma tristesse ;

C’est là que j’ai trouvé cette autre que je cherche

Dans ma voix, dans mon pas sur les feuilles séchées,

Dans ce que ma mémoire a dit à mes pensées,

Dans ce que le silence apprenait à mon ombre ;

Et la voici parmi les guirlandes de bronze

Qui me regarde enfin avec mes propres yeux.

Ô mystère d’être la seule toutes deux,

Moi l’anxieuse, aussi, de cette autre anxieuse !

Ô double solitude où chacune était seule

Et d’où chacune enfin pour se voir est venue

Et pour être plus près encor s’est mise nue ;

Et je sais maintenant, sœur pareille aux fontaines,

Le sourire à jamais de ma face certaine

Autour de qui se crispe un feuillage de bronze

Où la gloire à mon front par un laurier s’annonce,

Et debout devant moi je fais avec mes mains

L’offrande de mes jours à mes graves destins !