Alsace lorraine

By Ali-Joseph-Augustin Vial De Sabligny

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Chers et bons habitants d'Alsace et de Lorraine,

C'est en vain qu'à la Prusse un traité vous enchaîne ;

C'est en vain qu'à nos bras on vient vous arracher,

La France, de ses fils ne peut se détacher.

Vainement vous tombez en des mains étrangères,

Nous ne cesserons pas de voir en vous des frères.

Au vôtre notre cœur sera toujours uni,

Et toujours votre nom, d'un charme indéfini

S'entourera chez nous. Toujours notre pensée

S'envolera vers vous doucement caressée,

Pour causer avec vous de notre beau pays

Nous franchirons l'espace, infortunés amis !

Nos mains iront presser les vôtres dans un rêve

Jusqu'au jour où le Ciel à nos maux fera trêve.

Non, il n'est pas permis d 'oublier un instant

L'ardeur avec laquelle on vous à vus luttant

Contre cet ennemi dont vous êtes la proie,

Et qui sous son talon vous écrase et vous broie.

Non non ! noble Strasbourg, héroïque cité,

Dont la gloire vivra toute l'éternité,

Tu n'auras pas, lionne à la fauve crinière,

Combattu fièrement jusqu'à l'heure dernière ;

Tu n'auras pas d'un siège enduré les tourments

Et supporté le feu des canons allemands,

Pour que l'on t'abandonne en la crise fatale

Qui te jette au pouvoir de la force brutale.

Nous entendons ta voix et tes gémissements,

Tes larmes, les soupirs et tes déchirements.

Tu nous dis : Sauvez-moi ! sauvez-moi de l'abîme !

Oui, nous le sauverons, malheureuse victime ;

Nous saurons le soustraire à ton horrible sort,

Dussions-nous pour cela braver cent fois la mort.

Nous faisons le serment d'accomplir cette tâche :

Quiconque y manquerait serait un traître, un lâche !

Eh quoi ! ces vastes champs couverts de blonds épis,

Ces coteaux, ces vallons aux verdoyants lapis,

Par le pied d'un vainqueur tout bouffi d'arrogance,

Seraient longtemps foulés ? Non, non ! c'est trop d'offense !

Que ce peuple odieux ne trouve que du fiel ;

Pour tes fils, sol fécond, garde en ton sein le miel.

Que pour eux seulement soient l'ombre des grands chênes,

Le toit de tes hameaux et l'onde des fontaines,

Ces trésors sont les leurs, ils leur furent volés ;

Mais avant que vingt ans, au plus, soient écoulés,

Ils seront retournés à leurs seuls et vrais maîtres,

Nous aurons reconquis le bien de nos ancêtres,

Ne nous arrêtant plus que ne soit effacé

Le sillon que le crime en tous lieux a tracé.

Qu'enfin ne soient vengés les affronts, les outrages,

Et que ne soit rendu le repos aux bocages.

Quelle indicible joie et quelle fête, alors !

Quelle vive allégresse et quels heureux transports,

Quand il aura brillé, ce jour semé d'ivresse,

Dont l'aurore viendra dissiper la tristesse

Qui voile notre front, ô regrettés absents ?

Nous chanterons en chœur l'hymne aux divins accents

Que savent les échos : l'hymne de la patrie,

Et l'amour cueillera les fleurs de la prairie.

Ainsi, nobles martyrs, ne perdez pas l'espoir,

Nous ne vous disons pas adieu, mais au revoir.