Âme et jeunesse
By Marceline Desbordes-Valmore
Written 1843-01-01 - 1843-01-01
Puisque de l'enfance envolée,
Le rêve blanc,
Comme l'oiseau dans la vallée,
Fuit d'un élan ;
Puisque mon Auteur adorable
Me fait errer
Sur la terre, ou rien n'est durable,
Que d'espérer ;
À moi jeunesse, abeille blonde,
Aux ailes d'or !
Prenez une âme, et par le monde
Prenons l'essor :
Avançons, l'une emportant l'autre,
Lumière et fleur,
Vous sur ma foi, moi sur la vôtre,
Vers le bonheur !
Vous êtes, belle enfant, ma robe,
Perles et fil ;
Le fin voile où je me dérobe
Dans mon exil.
Comme la mésange s'appuie
Au vert roseau,
Vous êtes le soutien qui plie ;
Je suis l'oiseau !
Bouquets défaits, tête penchée,
Du soir au jour,
Jeunesse ! on vous dirait fâchée
Contre l'amour :
L'amour luit d'orage en orage ;
Il faut souvent,
Pour l'aborder, bien du courage
Contre le vent !
L'amour c'est Dieu, jeunesse aimée ;
Oh ! n'allez pas,
Pour trouver sa trace enflammée,
Chercher en bas :
En bas tout se corrompt, tout tombe,
Roses et miel ;
Les couronnes vont à la tombe,
L'amour au ciel !
Dans peu, bien peu, j'aurai beau faire ;
Chemin courant,
Nous prendrons un chemin contraire,
En nous pleurant-.
Vous habillerez une autre âme
Qui descendra,
Et toujours l'éternelle flamme
Vous nourrira !
Vous irez où va chanter l'heure,
Volant toujours ;
Vous irez où va l'eau qui pleure,
Où vont les jours ;
Jeunesse ! vous irez dansante,
À qui rira,
Quand la vieillesse pâlissante
M'enfermera !
Mais, pour que je rentre légère
Au nid divin,
Je ne viens pas chez vous, ma chère,
Loger en vain :
Il faut que j'aime et que je pleure
Avec vos yeux,
Pour racheter, heure par heure,
Quelque âme aux cieux !