Amour !
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Quand règne au fond d'un cœur sincère
L'amour, ce sentiment divin,
Exil, maladie ou misère,
Pour l'en arracher tout est vain ;
Plus le mur croule et plus le lierre
Fidelle au débris qu'il enserre
S'y colle avec force et le serre
Dans un embrassement sans fin !
Balzac a peint dans un beau livre
Cet amour immense et fatal
Qui peut obstinément survivre
Aux vaines étreintes du mal,
Et, quand on la croit abattue
Par ce qui blesse et ce qui tue,
Replace la chère statue
Sur son éternel piédestal !…
— Armand, oubliez-moi ! la tombe
M'entrouvre ses flancs ténébreux !
Le cilice sur moi retombe
Et j'ai coupé mes longs cheveux !…
Je ne suis plus jeune ni belle,
L'air manque à ma poitrine frêle,
C'est la mort seule que j'appelle !…
Armand répondit : — Je te veux !…
Oui, je te veux flétrie et pâle
Et mourante, car mon amour
Pour tes grands yeux cerclés d'opale
Est pur comme le premier jour…
Car risquant révolte et blasphème,
S'il fallait ce défi suprême,
Je t'arracherais à Dieu même
Comme la colombe au vautour ! —
Ainsi, ma France endolorie,
Corps saignant et cœur ulcéré,
Étreignant sur ta chair meurtrie
Les plis du drapeau déchiré,
Je t'aime encore davantage !
Avec frénésie ! avec rage !
Et le lien qui nous engage
Par tes malheurs devient sacré !…