Anniversaire

By Théodore Banville

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

O mon Maître ! un nouveau printemps,

Avec ses souffles palpitants

Baise ta chevelure, insigne

Comme le cygne.

Tes deux enfants sont dans tes bras ;

Et tout ce que tu célébras

Vient acclamer ta force élue

Et te salue.

Au loin, sous la rumeur du flot,

La mer te dit, dans un sanglot :

J'ai moins de colère et de rages

Que tes orages.

Le bois touffu te dit : J'ai moins

D'oiseaux, les cieux m'en sont témoins,

Que n'en accueille dans son ombre

Ta strophe sombre.

Le ciel, en son tragique effroi,

Dit : Ton esprit est, comme moi,

Plein de gouffres et de désastres,

Mais criblé d'astres.

Le glaive, au chaste éclair d'acier,

Te dit : Poëte et justicier,

Je suis effrayant, moi le glaive,

Moins que ton rêve.

Et la lyre, pleine de voix,

Que seul tu touches et tu vois,

Murmure : Je suis ta servante

Et je m'en vante.

Et les humbles et les petits,

Déchirés par leurs appétits,

Les groupes cent fois adorables

Des misérables ;

Les femmes, si souvent en pleurs,

Que tout blesse, comme des fleurs ;

Et les cohortes vagabondes,

Les têtes blondes ;

Les enfants, dont tu sais les noms,

Te disent : Maître, nous venons

Louer la douceur infinie

De ton génie.

O grand songeur plein de pitié,

Par qui le crime est châtié,

Terrasse la haine méchante :

Vis ! Aime ! Chante !

Marche, auguste, dans ton chemin,

Et contre tout glaive inhumain

Lève ta main pensive et calme

Qui tient la palme !