Anniversaire

By Paul Verlaine

Written 1890-01-01 - 1890-01-01

JE ne crois plus au langage des fleurs

Et l’Oiseau bleu pour moi ne chante plus.

Mes yeux se sont fatigués des couleurs

Et me voici las d’appels superflus.

C’est en un mot, la triste cinquantaine.

Moirage mûr, pour tous fruits tu ne portes

Que vue hésitante et marche incertaine

Et ta frondaison n’a que feuilles mortes !

Mais des amis venus de l’étranger,

– Nul n’est, dit-on, prophète en son pays –

Du moins ont voulu, non encourager,

Consoler un peu ces lustres haïs.

Ils ont grimpé jusques à mon étage

Et des fleurs plein les mains, d’un ton sans leurre.

Souhaité gentiment à mon sot âge

Beaucoup d’autres ans et santé meilleure.

Et comme on buvait à ces vœux du cœur

Le vin d’or qui rit dans le cristal fin,

Il m’a semblé que des bouquets, en chœur,

S'élevaient des voix sur un air divin ;

Et comme le pinson de ma fenêtre

Et le canari, son voisin de cage,

Pépiaient gaiement, je crus reconnaître

L’Oiseau bleu qui chantait dans le bocage.