Apostrophe funéraire

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Pieuse à ce tombeau, ma Sœur, où tu t’accoudes,

Quels automnes ont fait ta chevelure lourde

D’ors graves, et quels soirs reflétés des fontaines

Laissèrent dans tes jeux leurs étoiles lointaines ?

Tes gestes ont encor d’avoir porté des fleurs

Une grâce à jamais qu’accoudent tes douleurs

Au cippe funéraire où s’arrêta ta route ;

Et c’est ta vie, ô passante, que tu écoutes,

Avec ses flûtes d’or et ses flûtes d’ébène,

Rire par les vergers et pleurer aux fontaines,

Et qui au marbre, hélas ! se veine rose et noire.

À toute joie en pleurs au fond de ta mémoire

Est-il une tristesse aussi qui ne sourie ?

Le fruit qui ressemblait à ta bouche mûrie

Fut-il amer ou doux d’avoir été goûté ?

Ce qui fut valait-il enfin d’avoir été ?

Ô toi qui sais le soir et qui bus aux fontaines

Parle-moi, Ombre grave, et dis-moi, Psychéenne,

Sous quel destin, silencieuse, tu te courbes,

Plus pâle à ce tombeau, pieuse, où tu t’accoudes.