Après la pluie
Written 1873-01-01 - 1873-01-01
J'aime la petite pluie
Qui s'essuie
D'un torchon de bleu troué !
J'aime l'amour et la brise,
Quand ça frise …
Et pas quand c'est secoué.
— Comme un parapluie en flèches,
Tu te sèches,
O grand soleil ! grand ouvert…
A bientôt l'ombrelle verte
Grand' ouverte !
Du printemps — été d'hiver. —
La passion c'est l'averse
Qui traverse !
Mais la femme n'est qu'un grain :
Grain de beauté, de folie
Ou de pluie…
Grain d'orage — ou de serein. —
Dans un clair rayon de boue,
Fait la roue,
La roue à grand appareil,
— Plume et queue — une Cocotte
Qui barbotte ;
Vrai déjeuner de soleil !
— « Anne ! ou qui que tu sois, chère …
Ou pas chère,
Dont on fait, à l'œil, les yeux…
Hum … Zoé ! Nadjejda ! Jane !
Vois : je flâne,
Doublé d'or comme les cieux ! »
« English spoken ? — Espagnole ?…
Batignolle ?…
Arbore le pavillon
Qui couvre ta marchandise,
O marquise
D'Amaëgur !… Frétillon !… »
« Nom de singe ou nom d'Archange ?
Ou mélange ?…
Petit nom à huit ressorts ?
Nom qui ronfle, ou nom qui chante :
Nom d'amante ?…
Ou nom à coucher dehors ?…
Veux-tu, d'une amour fidelle,
éternelle !
Nous adorer pour ce soir ?…
Pour tes deux petites bottes
Que tu crottes,
Prends mon cœur et le trottoir ! »
« N'es-tu pas doña Sabine ?
Carabine ?…
Dis : veux-tu le paradis
De l'Odéon ? — traversée
Insensée !…
On emporte des radis. » —
C'est alors que se dégaine
La rengaine :
— « Vous vous trompez… Quel émoi !…
Laissez-moi … je suis honnête… »
« — Pas si bête !
— Pour qui me prends-tu ? — Pour moi !… »
« … Prendrais-tu pas quelque chose
Qu'on arrose
Avec n'importe quoi … du
Jus de perles dans des coupes
D'or ?… Tu coupes !…
Mais moi ? Mina, me prends-tu ? »
— « Pourquoi pas : ça va sans dire ! » —
« — O sourire !…
Moi, par dessus le marché !…
Hermosa, tu m'as l'air franche
De la hanche !
Un cuistre en serait fâché ! »
— « Mais je me nomme Aloïse… »
« Héloïse !
Veux-tu, pour l'amour de l'art,
— Abeilard avant la lettre —
Me permettre
D'être un peu ton Abeilard ? »
Et, comme un grain blanc qui crève,
Le doux rêve
S'est couché là, sans point noir…
Donne à ma lèvre apaisée,
« La rosée
D'un baiser-levant — Bonsoir » —
« C'est le chant de l'alouette,
Juliette !
Et c'est le chant du dindon…
Je te fais, comme l'aurore
Qui te dore,
Un rond d'or sur l'édredon. »