Après sedan

By Félix Frank

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

IL s’en allait, ce Bonaparte,

Avec son nom, son titre et son or — fruits du vol, —

Pour que l’Aigle reprît son vol,

Au jeu mettre encore une carte…

Mais l’Aigle est couché sur le sol !

C’est fini ! Le dernier pilastre

Croule avec le palais, hier resplendissant,

Qui dans l’abîme ouvert descend :

C’est la honte avec le désastre !

C’est un flot de boue et de sang !

Et c’est pour choir dans cette boue

Que cet homme avait pris dans l’histoire un tel nom !…

A-t-il voulu mourir ? Oh ! non !

Il tendait aux soufflets la joue,

Quand d’autres couraient au canon !

Fourbe dont le bras se dérobe,

Escroquer le succès fut toujours ton seul plan :

Acculé, tu t’es mis au ban

De toutes les races du globe

Par l’impur marché de Sedan !

Du sang des rois la terre est sobre :

Fuyant dans ton bourbier le mal dont nous souffrons,

Tu nous souilles de tes affronts !

Mais, va, nous laverons l’opprobre,

Traître… nous nous relèverons !

Ceux que doit engloutir la guerre

Crachent sur ta mémoire en se ruant au feu ;

Dans leur âme ils ne font qu’un vœu :

De l’Aigle noir briser la serre,

Puis t’éventrer d’un coup d’épieu !

Mais non ! Vis… pour frémir de rage !

Partout chassé du pied, ainsi qu’un vil pourceau,

Tu porteras sur toi le sceau

Du crime ignoble et sans courage

Que tu couvais dès ton berceau !

Et les petits enfants, terribles,

De ta lugubre image — où rien ne resplendit —

De ton nom frappé d’interdit,

Pour leur mépris feront des cibles,

O Tartufe aux mains de bandit !

Et, toi vivant, avec délice

L’injure aiguë en toi plongera jusqu’au fond !

Tu voudras fuir, mais chaque bond

Multiplîra l’affreux supplice,

Et l’horreur blêmira ton front !

Et la Postérité prochaine,

Reculant de dégoût, crîra : « Venez, ô vers !

Il n’est pas digne des enfers

Où les Attilas ont leur chaîne…

Efface-le de l’univers !»