Après une lecture décevante
Written 1925-01-01 - 1925-01-01
Poète ce n'est pas ainsi
Qu'il faut parler ! Je souffre !… As-tu de frais dictames
Pour des brûlures sans merci ?
As-tu de généreuses flammes
Qui pourraient attiser un bûcher sans éclat
Où fument les lambeaux d'un cœur ardent mais las ?
Choisis ! Je veux que tu ' me berces,
Comme un enfant, à des chants sans réalité,
Ou bien, qu'ivre par toi, je sache m'exalter
Du mal même qui me transperce !
Puisque tu n'avais que des mots
Pour calmer mes douleurs et pour panser mes plaies,
Il fallait choisir les plus beaux !
Peu m'importe qu'elle soit vraie
La chanson dont le rythme enchantera mon cœur,
Et dont je redirai l'émouvante langueur
En assonances délicates !
Ses stances couvriront de leurs accords parfaits
Les discordances de la vie… Un cri se tait
Quand l'écho de la rime éclate !
Pour mieux étouffer mes regrets
Je voudrais un récit de courts bonheurs sans causes,
Poète ! où tu rappellerais
Tout simplement de simples choses
Une aubépine en fleur sous un soleil d'avril,
L'horizon limité par le souple profil
De ces collines ondulées,
Un orgue dans la rue, un jour à son déclin,
Une fumée en l'air, et d'un balcon voisin
L'odeur d'un pot de giroflées…
Puis tu mènerais mon chagrin,
Aux heures où la terre et le ciel s'incendient,
Dans l'ombre et la paix d'un jardin
Où chanterait la mélodie
De la colombe gémissante et du jet d'eau ;
Tu dirais un mur blanc, deux cyprès en fuseaux…
…Je vois un portique céleste…
Et ton verbe, embaumé par des fleurs d'oranger,
Décrivant les arceaux d'un kiosque léger,
Prendrait la grâce de leur geste !
Tu pourrais ainsi dérouler
Du jour et de la nuit la tranquille épopée.
Mais si, parmi les champs de blé,
Tu fais danser quelques Napées,
Ah ! ne vois que l'harmonieuse volupté
Des beaux corps ondoyants sous le soleil d'été !
Je ne voudrais t'entendre dire
Ni le charme que jette un regard d'abandon,
Ni l'attrait d'une voix, ni, sous des cheveux blonds,
L'énigme d'un tendre sourire…
Et si tu veux parler enfin
De l'amour où les cœurs se révèlent eux-mêmes,
Du grand amour que nul n'atteint,
Puisque dans cet effort suprême
Et pour toucher le but, ne fût-ce qu'un instant,
Il faut unir deux pas dans un unique élan,
Deux gestes dans une riposte,
Et que de satisfaire à son propre désir
C'est le sacrifier et c'est l'anéantir
Dans un mutuel holocauste
Alors, poète ! par pitié,
Peins-le tel qu'il n'est pas, mais bien tel qu'on le rêve !
Donne à des mots extasiés
La réponse qui les achève !
Parlant d'Erôs, omets les silences cruels
Qui suivent de si près le chant de son appel !
Farde son front de couleurs fraîches,
Pose un bandeau d'azur sur ses deux yeux crevés !
Fais-moi croire au mensonge et fais-moi retrouver
Les rémiges d'or de ses flèches !
Mais j'aimerais encore mieux
Ne plus me souvenir et m'enfuir dans un rêve
Où naîtrait. l'espoir merveilleux
Débordant de nouvelles sèves !
Fais-moi voir, dans le frais silence du matin,
Quand vient jouer le vent des espaces sans fin
Parmi les fleurs et l'herbe verte,
L'envol d'une chimère !… Emporte-nous au jeu
De ses replis tout ocellés d'ambre et de feu
Et sur ses ailes large ouvertes !