Assassinat de Victor Noir

By Alexandre Ducros

Written 1867-01-01 - 1885-01-01

C'est bien ! — Murat bâtonne et Bonaparte tue !

Qui donc ose parler encor de liberté ?

Pour l'étouffer vivante avant sa puberté,

Aux genoux de César, Brutus se prostitue !

France, courbe le front, plus de vaine fierté ;

Murat, Murât bâtonne et Bonaparte tue !

Mais où donc marchons-nous, que va-t-il advenir ?

Que sommes-nous, enfin ? peuple ou bêtes de sommes ?

Est-ce un cœur qui palpite en nos poitrines d'hommes,

Ou d'un cœur n'avons-nous rien que le souvenir ?

Non ! la peur nous terrasse ! Ah ! lâches que nous sommes !

Mais où donc marchons-nous, que va-t-il advenir ?

Oh ! ces Napoléon ! il leur faut les mains rouges !

A Vincennes, Boulogne et jusqu'en leur hôtel !

— « A moi, prince ; tu viens présenter un cartel ?

Voici mon revolver, je fais feu si tu bouges. »

Et Noir tombe aussitôt frappé d'un coup mortel !

Oh ! ces Napoléon…, il leur faut les mains rouges !

Avais-tu bien le droit de tuer cet enfant !

Venait-il en son nom relever un outrage ?

Il venait simplement s'acquitter d'un message ;

Il venait, comme ceux que leur mandat défend,

Sommer ta loyauté, parler à ton courage…

Avais-tu bien le droit de tuer cet enfant ?

Les princes aujourd'hui se font tueurs en chambre.

Oh ! l'indignation nous saisit, nous étreint.

Le grand jour leur fait peur ; on le fuit, on le craint,

On ne massacre plus ainsi qu'au Deux Décembre,

Par la rue et les quais le Peuple souverain…

Les Princes aujourd'hui se font tueurs en chambre !