Au comte de montesquiou-fezensac

By Paul Verlaine

Written 1890-01-01 - 1890-01-01

LE poète infini qui, doublant et triplant

Les nuances, sonda jusques à nos scrupules,

Crevant les mauvais arguments comme ces bulles

De savon qu’il suffit de détruire en soufflant.

Le voilà, composant d’un geste sobre et lent,

Un bouquet frais cueilli, lors des doux crépuscules

Tombant, « dahlia, lis, tulipe et renoncule »

Et toutes fleurs au monde et par delà, relent

Mystique qu’il fallait pour compléter la fête

Parfumée où le mage exquis nous conviait,

Et dont nous jouissions d’un frisson inquiet.

J’admire le penseur subtil et l’âpre esthète

Des pensers voletant comme chauves-souris,

Mais j’aime le fin enchanteur aux sorts fleuris.