Au-delà

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1920-01-01 - 1920-01-01

L'au-delà, l'au-delà dont on parle sans cesse,

Est derrière nous, non devant.

Ton au-delà, maman, c'est l'ancienne jeunesse,

Lorsque tu respirais dans le monde vivant

Ton au-delà, ce sont nos souvenirs d'enfance,

Ta bonté, tes soins, tes grands yeux.

Ce sont les chers passés auxquels chacune pense

Et qui font si charmant le grand deuil douloureux

Ton au-delà, ce sont des jardins, des campagnes,

Ce sont nos maisons dans les bois,

Paris aussi, l'hiver. C'est le frais autrefois,

Alors que nous étions tes petites compagnes

Ton au-delà, ce sont tes gestes familiers

Tels qu'ils sont restés dans notre âme.

De cette jeune mère à cette vieille dame,

Ce sont tous tes instants par milliers et milliers

Ton au-delà, c'est toi vivante. Ce n'est pas

La mort, ce néant "qu'on ignore.

Ton au-delà, maman, c'est ce qu'on aime encore.

Ton au-delà, c'est toi. Ce n'est pas ton trépas.