Au jeune paralytique

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1843-01-01 - 1843-01-01

Où t'a-t-on vu, poète à la voix douloureuse

Et pure, au cœur sonore, à l'enfance amoureuse ?

Où t'a-t-on vu, jeune ange au pied silencieux,

Prendre haleine, et chanter en passant pour les cieux ?

Es-tu l'André divin dont on cherche la cendre,

Qui parmi nous, voilé, se hasarde à descendre,

Pour relire, inquiet, son livre inachevé,

Et le clore d'un rêve en mourant retrouvé ?

Ce doux cygne étouffé sous le pied de l'envie

Par tes yeux sans bonheur a-t-il revu la vie ;

Et n'y retrouvant plus ses hymnes mutilés,

Pleure-t-il dans tes vers ses beaux vers envolés ?

Alors que de ces vers la vibrante nitée

Du pied de l'échafaud s'enfuit épouvantée,

Les pris-tu lumineux sur le bord du chemin,

Où l'ange de la vie abandonnait sa main ?

Au-dessus des cachots, délivrée et chantante,

As-tu trouvé dans l'air cette âme encor flottante,

Après que sa grande aile eut franchi ses barreaux,

Toute rougie encor de l'acier des bourreaux ?

Hélas ! on le croirait, tant la grâce est la même ;

Tant tu sais, comme lui, ce qu'on sait quand on aime !

Oh ! la Parque est cruelle à qui l'a vu mourir ;

Mais quoi ! la vie est triste à qui t'y sent souffrir !

Où que tu sois, jeune homme, où que pleure ton âme,

Dis : J'ai mon nom caché dans le cœur d'une femme,

Mon nom d'enfant, qui chante au milieu de ses jours,

Et qui dans sa prière à Dieu, monte toujours !