Au matin
Written 1901-01-01 - 1901-01-01
Parmi la pureté du matin triomphant,
Je vais, le souvenir encor si frais dans l'âme
Du temps où je n'étais qu'un embryon de femme,
Qu'il me semble donner la main à quelque enfant.
L'herbe est froide à mes pieds comme de l'eau qui coule,
La mer au bout des prés vient chanter son bruit clair
Et la falaise aussi déferle dans la mer
De tout le terrain jaune et mou qui s'en éboule.
Les troupeaux comme au long d'un poème latin
Paissent avec des ronds de soleil sur leurs croupes,
Et les oiseaux de mer ont abattu des groupes
Que chaque vague berce à son rythme incertain.
Et la prée et les eaux également étales
Sourient si bien à mes matineux errements
Que je voudrais pouvoir entre mes bras normands
Prendre en pleurant ma mer et ma terre natale,
Tout ce coin de nature en qui j'épancherais,
Comme en l'asile offert de quelque sein de femme,
Câlinement, les yeux fermés, toute mon âme
Si lourde de tristesse et de mauvais secrets.