Au palais du frère du dey

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1908-01-01 - 1908-01-01

Au palais du frère du Dey,

Comme nous regardions par les fenêtres sombres

Descendre vers la merles jardins rayés d’ombres,

Nous sentions le présent peu à peu s’éluder.

Un fantôme rôdait, de songe et de science,

Et le marbre, le bois, les ors et la faïence

Étaient autour de nous, à jamais possédés.

Par ces splendeurs mahométanes,

Ainsi, dans ce palais, la nostalgique Alger

Persistait, comme, assise en colliers d’oranger.

Une dernière, molle et fatale sultane ;

Et, le long des bassins et colonnes des cours,

Nous cherchions cette perle humaine d’anciens jours,

Sous le feuillage large où naissent les bananes.

Nous fûmes, regardant de près,

Parmi les rangs d’arums et d’iris des allées.

Admirant l’air, le ciel au-dessus des vallées,

La Méditerranée à travers les cyprès

Et sa lointaine coupe arrondie et si bleue,

— Gomme jadis se promenait la race feue

Qui n’avait point prévu ceux qui viendraient après.

Et de ce lieu nous emportâmes

Seulement le fragile et funèbre trésor

D’une rose trouvée au pied d’un rosier mort.

Rose fanée ainsi que se fanent les femmes,

Les cités sur la mer, les races et les temps,

Et qui garde, arrachée aux rameaux mécontents,

L’odeur des vieilles fleurs et des anciennes âmes…