Au pas de charge

By Paul Verlaine

Written 1869-01-01 - 1869-01-01

Les petits tambours de l'an deux,

Joyeux garçonnets hasardeux

Que les balles n'effrayaient guère

Ces tapins de la bonne guerre

Ne sont pas si morts qu'on le croit

Et dans la lutte qui s'accroît,

Iront frappant sur la peau d'âne.

Monsieur. Devinck, que l'on condamne

À se porter, las ! candidat

Avec l'impéri… al mandat

D'obéir à tous les ministres,

D'applaudir à tous les sinistres

Et d'approuver tous les chaos,

Regrette ses doux cacaos.

Je crains qu'Ollivier ne se blouse

En s'imaginant que la blouse

Et le paletot voteront

En faveur de son double front.

De nouveau Janus pourrait être

Désabusé, Morny, son maître,

Ne pouvant plus, du haut du ciel,

« Écarter », cette fois, Bancel.

Avant-hier, le dernier vestige.

Du temps si fécond en prestige

Qui vit Brumaire et Waterloo,

Vint de l'autre côté de l'eau

Poser mainte et mainte immortelle

À la grille devant laquelle

On est si fier d'être Français.

Coulez mes larmes, — sans excès !

Cependant les poètes rêvent

Et leurs chants ailés nous enlèvent

Dans les cieux immenses et clairs.

Ceinte de rayons et d'éclairs,

Voici venir l'œuvre du Maître

Dont l'éclat tournant nous pénètre

D'un tremblement religieux.

Le Poète prodigieux,

Cette fois encore, relève

Ceux que tient opprimés le glaive

Ou la loi des forts et, vengeant

L'Humanité, sur le méchant,

Fait luire, large éclair de haine,

Les trente-deux dents de Gwynplaine.