Au printemps dans les herbages

By Henriette Hervé

Written 1925-01-01 - 1925-01-01

A travers les jeunes herbages

Nous avions marché tout le jour

Et les plis de ton manteau lourd

Marquaient devant moi ton passage.

C'est ainsi que ta vue a sillonné mon cœur…

Tous les épis des orges vertes

Semblaient entraînés par tes pas.

Elles ne se relevaient pas

Les fraîches fleurs à face offerte.

Mais de souffrir par toi, s'exaltait leur odeur…

Les pierres mêmes de la route

Entendaient un confus appel,

Et sous l'ardeur tendre du ciel

Semblaient vouloir se fondre toutes ;

Et les bourgeons s'ouvraient aux arbres dépouillés…

Qu'il était clair, l'étang tranquille,

Où s'abreuvèrent nos troupeaux !

Les grêles syrinx de roseaux

Disaient, comme une agreste idylle,

Les grâces du printemps, aux doigts des chevriers…

C'est alors que tu vis mon trouble…

Mon cœur me semblait à l'étroit,

Et tremblait comme au vent trop froid

Sous le frisson des flûtes doubles…

…Est-ce de peur, ou bien d'amour, que j'ai crié ?…

Sur la plaine endormie et lasse

Le soir apaise maintenant

L'ardente fête du printemps ;

Les couleurs, les parfums s'effacent,

Et tout leur jeune éclat n'est plus que sentiment…

Au ciel, la lune se balance,

L'étang obscur n'est plus si beau,

Et la surface de ses eaux

Semble refléter le silence…

Mais mon cœur tremble encor, délicieusement…