Au printemps dans les herbages
Written 1925-01-01 - 1925-01-01
A travers les jeunes herbages
Nous avions marché tout le jour
Et les plis de ton manteau lourd
Marquaient devant moi ton passage.
C'est ainsi que ta vue a sillonné mon cœur…
Tous les épis des orges vertes
Semblaient entraînés par tes pas.
Elles ne se relevaient pas
Les fraîches fleurs à face offerte.
Mais de souffrir par toi, s'exaltait leur odeur…
Les pierres mêmes de la route
Entendaient un confus appel,
Et sous l'ardeur tendre du ciel
Semblaient vouloir se fondre toutes ;
Et les bourgeons s'ouvraient aux arbres dépouillés…
Qu'il était clair, l'étang tranquille,
Où s'abreuvèrent nos troupeaux !
Les grêles syrinx de roseaux
Disaient, comme une agreste idylle,
Les grâces du printemps, aux doigts des chevriers…
C'est alors que tu vis mon trouble…
Mon cœur me semblait à l'étroit,
Et tremblait comme au vent trop froid
Sous le frisson des flûtes doubles…
…Est-ce de peur, ou bien d'amour, que j'ai crié ?…
Sur la plaine endormie et lasse
Le soir apaise maintenant
L'ardente fête du printemps ;
Les couleurs, les parfums s'effacent,
Et tout leur jeune éclat n'est plus que sentiment…
Au ciel, la lune se balance,
L'étang obscur n'est plus si beau,
Et la surface de ses eaux
Semble refléter le silence…
Mais mon cœur tremble encor, délicieusement…