Au puits
Written 1925-01-01 - 1925-01-01
C'était l'été, la fin du jour, auprès du puits…
Et les couples assis au bord de la margelle
Étaient tendres et gais ; les filles semblaient belles
Sous les derniers rayons du soleil. Mais la nuit,
Porteuse de mystère et d'angoisse et de rêves,
S'étendait déjà sur mon cœur, mon bien-aimé !
Car tu n'étais pas là… Et cette halte brève
Au bord de l'eau, le soir, allait se transformer
En un très lent supplice. Ah ! je les voyais toutes,
Plus graves maintenant, s'en aller sur la route,
Avec leurs colliers d'or et leurs anneaux d'argent
Murmurant un même secret ! Au jour tombant
L'urne semblait légère à leur épaule lasse,
Car leur main s'appuyait à la main d'un ami…
Et moi je t'attendais toujours à notre place…
Je suis restée en vain près du puits endormi
Et dans le doux parfum des foins et des luzernes…
Je ne sais si le ciel a pleuré de pitié,
Je ne sais si l'amphore a heurté la citerne,
Mais j'avais en rentrant le visage mouillé..,