Au rossignol

By Alphonse Lamartine

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Quand ta voix céleste prélude

Aux silences des belles nuits,

Barde ailé de ma solitude,

Tu ne sais pas que je te suis !

Tu ne sais pas que mon oreille.

Suspendue à ta douce voix,

De l'harmonieuse merveille

S'enivre longtemps sous les bois !

Tu ne sais pas que mon haleine

Sur mes lèvres n'ose passer,

Que mon pied muet foule à peine

La feuille qu'il craint de froisser !

Et qu'enfin un autre poëte

Dont la lyre a moins de secrets,

Dans son âme envie et répète

Ton hymne nocturne aux forêts !

Mais si l'astre des nuits se penche

Aux bords des monts pour t'écouter

Tu te caches de branche en branche

Au rayon qui vient y flotter.

Et si la source qui repousse

L'humble caillou qui l'arrêtait,

Élève une voix sous la mousse,

La tienne se trouble et se tait !

Ah ! ta voix touchante ou sublime

Est trop pure pour ce bas lieu !

Celte musique qui t'anime

Est un instinct qui monte à Dieu !

Tes gazouillements, ton murmure,

Sont un mélange harmonieux

Des plus doux bruits de la nature,

Des plus vagues soupirs des cieux !

Ta voix, qui peut-être s'ignore,

Est la voix du bleu firmament.

De l'arbre, de l'antre sonore,

Du vallon sous l'ombre dormant !

Tu prends les sons que lu recueilles

Dans les gazouillements des flots.

Dans les frémissements des feuilles.

Dans les bruits mourants des échos.

Dans l'eau qui filtre goutte à goutte

Du rocher nu dans le bassin,

Et qui résonne sous sa voûte

En ridant l'azur de son sein ;

Dans les voluptueuses plaintes

Qui sortent la nuit des rameaux,

Dans les voix des vagues éteintes

Sur le sable ou dans les roseaux !

Et de ces doux sons où se mêle

L'instinct céleste qui t'instruit,

Dieu fit ta voix, ô Philomèle !

Et tu fais ton hymne à la nuit !

Ah ! ces douces scènes nocturnes,

Ces pieux mystères du soir,

Et ces fleurs qui penchent leurs urnes

Comme l'urne d'un encensoir.

Ces feuilles où tremblent des larmes,

Ces fraîches haleines des bois,

O nature ! avaient trop de charmes

Pour n'avoir pas aussi leur voix !

Et cette voix mystérieuse,

Qu'écoutent les anges et moi,

Ce soupir de la nuit pieuse.

Oiseau mélodieux, c'est toi !

Oh ! mêle ta voix à la mienne !

La même oreille nous entend !

Mais ta prière aérienne

Monte mieux au ciel qui l'attend !

Elle est l'écho d'une nature

Qui n'est qu'amour et pureté,

Le brûlant et divin murmure,

L'hymne flottant des nuits d'été !

Et nous, dans cette voix sans charmes,

Qui gémit en sortant du cœur,

On sent toujours trembler des larmes.

Ou retentir une douleur !