Aube

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Sur le cyprès, le cèdre et sur l’eau noire et verte,

Laisse, avec la clef d’or à la porte entr’ouverte,

Les cygnes endormis, les paons et les colombes ;

Écoute, pleur à pleur, l’heure grave qui tombe

Et qui s’égoutte lente ou s’écoule rapide,

Gendre du sablier, larme de la clepsydre ;

Et marche doucement sans réveiller l’écho ;

Laisse les cygnes blancs dormir doubles sur l’eau

Avec leur col neigeux ployé sous l’aile tiède,

En silence, et les paons sur les branches du cèdre

Et la colombe douce aux pointes des cyprès,

Et pars ! tout est muet encor, mais l’air plus frais

De la nuit, peu à peu, frissonne à l’aube proche ;

Laisse la bêche et le râteau, laisse la pioche

Et prends la faulx qui luit en aile d’acier clair,

Et pousse le verrou de la porte de fer,

Et sors vers l’aube pâle et marche vers l’aurore.

La pierre du chemin fera ton pas sonore

Et, sous ton manteau noir qui le cache à demi,

Emporte, loin de l’âtre et du seuil endormi,

Vers le soleil farouche et vers le jour futur,

Avec sa crête rouge, ergot sec et bec dur,

Qui glousse, se rengorge et qui sommeille encor,

Le grand coq d’émail roux au cri de cuivre et d’or !

Sur le cyprès, le cèdre et sur l’eau noire et verte,

Laisse, avec la clef d’or à la porte entr’ouverte,

Les cygnes endormis, les paons et les colombes ;

Écoute, pleur à pleur, l’heure grave qui tombe

Et qui s’égoutte lente ou s’écoule rapide,

Gendre du sablier, larme de la clepsydre ;

Et marche doucement sans réveiller l’écho ;

Laisse les cygnes blancs dormir doubles sur l’eau

Avec leur col neigeux ployé sous l’aile tiède,

En silence, et les paons sur les branches du cèdre

Et la colombe douce aux pointes des cyprès,

Et pars ! tout est muet encor, mais l’air plus frais

De la nuit, peu à peu, frissonne à l’aube proche ;

Laisse la bêche et le râteau, laisse la pioche

Et prends la faulx qui luit en aile d’acier clair,

Et pousse le verrou de la porte de fer,

Et sors vers l’aube pâle et marche vers l’aurore.

La pierre du chemin fera ton pas sonore

Et, sous ton manteau noir qui le cache à demi,

Emporte, loin de l’âtre et du seuil endormi,

Vers le soleil farouche et vers le jour futur,

Avec sa crête rouge, ergot sec et bec dur,

Qui glousse, se rengorge et qui sommeille encor,

Le grand coq d’émail roux au cri de cuivre et d’or !