Autres adieux
Written 1870-01-01 - 1870-01-01
Il est né là-bas sous la pierre,
Notre petit chat si charmant ;
Minette est le nom de sa mère,
Mimi le nom du jeune enfant.
Mais on ne sait qui fut son père,
Pourquoi nous en inquiéter ?
Tous les orphelins sur la terre
Trouvent un toit pour s’abriter.
Pourtant sa grâce et ses gambades
Montrent bien qu’en temps d’escapades,
De son matou faisant son deuil,
Sa mère quitta ces rivages
Pour suivre au fond des verts bocages
Un trop séduisant écureuil.
Un jour qu’une meute ennemie
Bondissait par notre vallon,
Il vint, nous demandant la vie,
Se blottir sous notre balcon.
Puis bientôt, par sa gentillesse,
Et ses rons-rons si langoureux,
Il prit toute notre tendresse,
Et nous rendit des jours heureux.
Sans cesse à nos côtés à table,
Se comportant civilement,
Il est un compagnon aimable,
Et jamais il n’est trop gourmand.
Sa queue en spirale dressée
Déroule ses brillants anneaux,
Sa patte habilement lancée
Demande les meilleurs morceaux ;
Mais c’est d’une façon si tendre,
Avec un œil si caressant,
Que nous ne pouvons nous défendre
De lui répondre en l’embrassant.
Car dans la profonde misère
Qui nous force tous à jeûner,
Nous n’avons, ô douleur amère !
Que peu de chose à lui donner.
Allons ! il faut payer ta dette
A notre sort te résigner,
Très-souvent observer la diète,
Et ne jamais égratigner.
Prêtant l’oreille à ce langage,
Trompant sa faim par ses ébats,
Mordillant sur tout avec rage,
D’un os faisant un bon repas,
Elle semble, la pauvre bête !
Nous inviter tous à ses jeux,
En nous provoquant de la tête,
Puis en nous faisant les doux yeux…
Mimi, toi qui sus nous distraire
Dans notre chalet solitaire
Souvent battu par les autans,
Alors que la France opprimée,
Sans chefs, sans pouvoir, sans armée,
D’un mot levait tous ses enfants,
Accours, qu’une douce caresse
Nous donne encor un peu d’ivresse
Quand sonne l’heure des adieux,
Et que ta joyeuse innocence
Éloigne de toi la souffrance !
Va, cher trésor, va, sois heureux !