Autres dons de nouvel an

By Stéphane Mallarmé

Written 1881-01-01 - 1898-01-01

Éva, princesse ou métayère

Allumeuse du divin feu

En y posant cette théière

Saura le modérer un peu.

Clair regard furtif sur soi-même

Ce miroir vous l'enfouirez

Dans quelque robe rose ou crème

Sitôt vos cheveux admirés.

Cet humble miroir s'ennuyait

De ne refléter ton visage

Ou, par la fenêtre, en Juillet

Quelque autre moins doux paysage.

Ta lèvre contre le cristal

Gorgée à gorgée y compose

Le souvenir pourpre et vital

De la moins éphémère rose.

Lilith confie à votre soin

Ce rejeton qu'elle fit naître

Pour qu'assis en un petit coin

Ainsi vous revoyiez son maître.

Mon très vieux cœur ne dissimule

Ici l'espoir que vous groupiez

Au gré de l'une ou l'autre mule

La braise éparse sous vos pieds

Acclamez d'un petit bruit d'aile

Son nez qui jamais ne prisa,

Mouchoirs, sans cacher le fidèle

Sourire de notre Élisa.

Quand s'approchera de son nez

La batiste qu'elle déploie,

Mouchoirs, pour Élisa sonnez

Toute une fanfare de joie.

Si vous faites naufrage, Élisa tout nous sert,

Agitez ces mouchoirs sur un îlot désert.

Celle ici qui ne prisa

Que l'amitié simple et franche

Veut pour son nez

Élisa

Une pure toile blanche

Mieux vaut sécher le coryza

Que des larmes, bonne Élisa

Lisa

que votre nez répète

Le salut dans chaque mouchoir

D'une impartiale trompette

A l'an qui se lève ou va choir

Quoique à ses pieds une sultane

Ensemble n'en voie autant choir

Lisa, recevez de Stéphane

Mallarmé maint et maint mouchoir.

Ces mouchoirs un peu trop donnés

Lisa souriante sans cesse

Ne les approchez pas du nez

Qui manque à la jeune Princesse

Respirer à chaque bouchée

De ce gâteau qu'on entama

Si l'on ne veut être couchée

Avec du mal à l'estomac

Ce poème devenu prose,

Comme tout se passe à l'envers !

Moi qui devrais pour chaque rose

Ne vous envoyer que des vers

Sur Pégase si bien en selle

Où que vous jette son élan

Restez Bibi, Mademoiselle

Julie, avec le nouvel an

Ici même l'humble greffier

Atteste la mélancolie

Qui le prend d'orthographier

Julie autrement que Jolie

Julie ou Bibi du Mesnil

Rêvant à l'endroit nommé cieux

Ne méprisez ni le nez ni l'

Hommage ému de vieux messieurs.

Le rire trop prompt à se taire

Dont votre air grave est diverti

L'ombrage d'un autre mystère

Que le seul chapeau Liberty.

Celle qui sous le ciel si vite

Atteint une exacte hauteur,

Fleurit, svelte lys et n'évite

Qu'à son pied reste le tuteur.

Sois correct une étude sûre

Y mène, Jacques, ô farceur

Tu tireras avec mesure

Les cheveux naissants de ta sœur

Jacques le compagnon, superbe, aîné, chasseur

Ne médis pas du Ciel qui commande : Et ta sœur ?

Je te donne, Jacques, l'ami

Les premiers ans de Franc Lamy

L'an a changé de chemise

Ainsi dans un geste fier

Méry garde la main mise

Sur tous ses trésors d'hier

Tu changes d'an comme de robe

A ta toilette met la main

Ce quatre-vingt-seize dont l'aube

N'est pas celle d'un lendemain

Sans les mettre dans vos souliers

Comme Noël aux châtelaines

Déesse, il sied que vous fouliez

Plutôt d'un pas nu ces fleurs vaines.

Ne t'inquiète pas ! souci

Hasard, tout un an je souhaite

Que rien n'étonne ton sourcil

Vaste comme un vol de mouette

Sois chez Madame Normant

Peut-être un parfum qu'elle aime

Humble bouquet ne formant

Ce souhait que pour toi-même

L'an s'en va quoique Whistler nie

Ou par Vous on sache oublier

Sourire

grâce

autre génie

De renverser le sablier.

Nos vœux

flûte vaine ou le vent

Je les tairai

Whibley préfère

Vous veniez joyeuse au devant

Du seul souhait que je peux faire

Quelque hiver sur mon front morose

Un flocon de neige creva

Que de l'ongle mutin et rose

Vous seule dispersez. Éva

Année attends pour y naître

Ses mains réchauffant ton vol

Madeleine à la fenêtre

Du somptueux entresol.

Sourire et jeunes parfums

Vous dites très haut : Que n'ai-je ?

Et des almanachs défunts

Aussi faites une neige.

Qui vogue sur le flots ? ohé !

C'est l'Arche de Monsieur Noé.

Roses, je deviens Céladon

Aux pieds de Madame Redon

Chaque fleur rêve que Madame Alice

Cazalis va respirer son calice

Je fais ce don, si votre amitié l'accueillait

Que mon sourire ici brille dans chaque œillet