Aux allemands

By Auguste Barbier

Written 1870-01-01 - 1870-01-01

Qu'as tu fait, Allemagne ? En ce conflit nouveau,

Tu t'es mise à la suite

D'un féroce ministre et de son roi dévot,

Bombardeur hypocrite !

Toi que l'on estimait parfum d'honnêteté

Et fleur de poésie,

Tu n'avais dans le cœur, sous masque de bonté,

Que basse jalousie !

Servante du Prussien, tu lui prêtas tes bras

Quand sa troupe sauvage,

S'épandant sur nos champs, y porta le trépas,

La flamme et le ravage ;

Tu mêlas ton épée aux glaives assassins

De ces hardis Vandales,

Et pris secrète part à tous les noirs desseins

Des bandes féodales !

Et pourquoi ? Dans l'espoir qu'au vil démembrement

De la France éventrée

Tes petits rois vautours seraient tous simplement

Admis à la curée !

Tes républicains même, ivres de la beauté

De cette boucherie,

Muets presque tous, ont à peine protesté

Contre la barbarie !

Ah ! que le temps s'écoule, il n'effacera pas

Cette action coupable ;

Elle marque ton front entre tous les états

D'une tache effroyable.

Pour des siècles sans nombre elle nous laisse au cœur

Une peine infinie

Dont nulle douce paix n'amoindrira l'ardeur,

Perfide Germanie !

Mais va, ton châtiment s'avance, car après

Cette horrible campagne

Le venin de la Prusse en toi reste à jamais,

Et morte est l'Allemagne.