Aux Hirondelles

By Auguste Lacaussade

Written 1852-01-01 - 1852-01-01

De l'aile effleurant mon visage,

Volez, doux oiseaux de passage,

Volez sans peur tout près de moi !

Avec amour je vous salue ;

Descendez du haut de la nue,

Volez, et n'ayez nul effroi !

Des mois d'or aux heures légères,

Venez, rapides messagères,

Venez, mes sœurs, je vous attends !

Comme vous je hais la froidure,

Comme vous j'aime la verdure,

Comme vous j'aime le printemps !

Vous qui des pays de l'aurore

Nous arrivez tièdes encore,

Dites, les froids vont donc finir !

Ah ! contez-nous de jeunes choses,

Parlez-nous de nids et de roses,

Parlez-nous d'un doux avenir !

Parlez-moi de soleil et d'ondes,

D'épis flottants, de plaines blondes,

De jours dorés, d'horizons verts ;

De la terre enfin réveillée,

Qui se mourait froide et mouillée

Sous le dais brumeux des hivers.

L'hiver, c'est le deuil de la terre !

Les arbres n'ont plus leur mystère ;

Oiseaux et bardes sont sans toits ;

Une bise à l'aile glacée

A nos fronts tarit la pensée,

Tarit la sève au front des bois.

Le ciel est gris, l'eau sans murmure,

Et tout se meurt ; sur la nature

S'étend le linceul des frimas.

Heureux, alors, sur d'autres plages,

Ceux qui vont chercher les feuillages

Et les beaux jours des beaux climats !

O très heureuses hirondelles !

Si comme vous j'avais des ailes,

J'irais me baigner d'air vermeil ;

Et, loin de moi laissant les ombres,

Je fuirais toujours les cieux sombres

Pour toujours suivre le soleil !