Aux messagers de la patrie
By Ali-Joseph-Augustin Vial De Sabligny
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Venez, ô chers pigeons, messagers du Ciel pur,
Ouvrez, ouvrez vos ailes !
Élancez-vous légers au milieu de l'azur,
Apportez des nouvelles !
Paris n'a plus, hélas ! qu'un étroit horizon !
Et pour calmer ses craintes,
Il n'espère qu'en vous ! Venez de sa prison
Adoucir les étreintes.
Paris ne sait rien, lui ! tandis que vous, là-bas,
Vous avez vu nos frères :
La province se lève et marche, n'est-ce pas,
Le cœur plein de colères ?
Elle va nous aider à chasser les Prussiens,
Peuple infâme et barbare
Tel qu'on n'en vit jamais dans les siècles anciens,
Et que l'orgueil égare.
Dites, charmants pigeons, pour nos vaillants guerriers
Déjà couverts de gloire,
Revenez-vous chargés d'innombrables lauriers,
Doux fruit de la victoire ?
Que vous serez heureux de regagner vos nids !
Vos fils viennent d'éclore,
Et vous pourrez soigner la mère et les petits
Que votre cœur adore.
Vous ne vous doutez pas quand vous quittez le sol
Et planez dans la nue,
Que la mort, pour briser l'élan de votre vol,
Guette votre venue !
C'est à vos jours qu'en veut du farouche épervier
La redoutable serre !
Une fois dans nos murs vous pourrez défier
Ce dangereux corsaire.
Vous serez garantis à l'ombre des remparts,
Armés et formidables.
Vous verra-t-on un jour peints sur nos étendards,
Sauveurs incomparables ?
Nous saurons vénérer comme un saint souvenir
Votre mission d'ange,
Et puis, vous entendrez un peuple vous bénir,
Gracieuse phalange !
Nous voudrions avoir, pour vous le consacrer,
Un Capitole, un Temple,
Car , Rome, dans l'Histoire est seule à nous montrer
Un aussi noble exemple.
O pigeons-voyageurs ! que votre sort est beau !
Pour vous ici l'on prie !
Et l'an soixante-dix vous aura fait l'oiseau
Sacré de la Patrie.