Avance, humanité!
By Henri Vendel
Written 1945-01-01 - 1945-01-01
Quelle atroce main nous tenaille
et décharna le flanc des terres ?
Les morts tombés dans les batailles
volent déjà dans la poussière.
Les chairs, les âmes, tout pourrit,
et les vivants sont des cadavres
en qui l'espérance a péri.
L'Amour même, l'Amour se navre.
Nos villes pleurent sous la cendre
et nos champs ne sont qu'une tombe
où tant de peuples vont s'étendre.
Lasse, la foi tremble et succombe.
Alors, du sol gelé naquit la primevère
et le merle écouta l'approche du printemps.
Les bulbes se gonflaient de sève, le mystère
du renouveau troubla le mystère du sang.
Quelle étoile a guidés, sur la route inconnue,
les morts vers leur destin de vol ou de feuillage ?
Ils sont partis dès l'aube et leur pâle venue,
à pas muets, déjà colporte son message :
Avance, humanité ! Les germes naissent
et l'avenir, au sein des pourritures,
éclot, si frais, si pur, qu'une jeunesse
d'azur illumine les mers obscures.
Avance : l'air nouveau baise le ciel
sur ses yeux clos. Dans le proche matin
vois la terre qui, sous les crocs du gel,
rêve et s'abandonne aux fleurs du jardin.
Avance, humanité ! Sur les sommets
le jour, aigle aux rémiges d'or, le jour
longtemps promis plane et va se poser.
Un jeune dieu sur sa monture accourt.
Avance, et prends les palmes en tes paumes !
Demain, dans l'hosannah de l'allégresse,
demain l'Amour t'offrira son royaume,
car ton pas lourd, c'est vers lui qu'il progresse.