Avant sarrebruck

By Ferdinand Dugué

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Sire, du fusilier Pitou

Pour vous servir je suis la mère ;

Ici, tout au fond du Poitou,

J'habite une vieille chaumière,

Et sans façon je vous écris

Dans votre palais à Paris

Que les Pitou n'ont pas de chance…

Mais, cependant, vive la France !…

Sans craindre balle ou biscayen

Menant votre fils à la guerre,

Pour vous deux au clergé chrétien

Vous commandez une prière…

Mon gas comme le vôtre part,

Mais seule, pleurant à l'écart,

Je n'ai pas pour lui d'espérance…

Et cependant, vive la France !…

La piété de vos prélats

Et l'appui non moins efficace

De vos trois cent mille soldats

Pourront protéger votre race…

Une fois sorti de mes bras,

Pitou n'aura dans les combats

D'autre plastron que sa vaillance…

Mais en avant ! vive la France !…

Quand l'Impératrice, au saint lieu,

Aussi pieuse que vous l'êtes,

Ne cesse pas d'implorer Dieu,

Comme l'annoncent les gazettes,

Pour son fils et pour son époux,

Songe-t-elle à prier pour nous,

Triste bétail sans importance ?…

Crions toujours : Vive la France !…

Et lui que Monsieur Ollivier

Dans son cœur nomme déjà Sire,

L'enfant qu'on habille en troupier,

Il héritera d'un empire

Quand sous de la chaux, dans un trou,

Dormira mon pauvre Pitou,

M'ayant laissé deuil et souffrance…

Mais c'est égal, vive la France !