Ave, dea : moriturus te salutat

By Victor Hugo

Written 1893-01-01 - 1893-01-01

La mort et la beauté sont deux choses profondes

Qui contiennent tant d'ombre et d'azur qu'on dirait

Deux sœurs également terribles et fécondes

Ayant la même énigme et le même secret ;

Ô femmes, voix, regards, cheveux noirs, tresses blondes,

Brillez, je meurs ! ayez l'éclat, l'amour, l'attrait,

Ô perles que la mer mêle à ses grandes ondes,

O lumineux oiseaux de la sombre forêt !

Judith, nos deux destins sont plus près l'un de l'autre

Qu'on ne croirait, à voir mon visage et le vôtre ;

Tout le divin abîme apparaît dans vos Yeux,

Et moi, je sens le gouffre étoilé dans mon âme ;

Nous sommes tous les deux voisins du ciel, madame,

Puisque vous êtes belle et puisque je suis vieux.