Aveu

By Théodore Banville

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

On lui disait : Mademoiselle,

Faites votre confession.

Rire est joli ; mais être oiselle

N'est pas une profession.

On admire votre corsage

Et ce bel œil intelligent ;

Mais pour être tout à fait sage,

Économisez de l'argent.

Si votre beauté fulgurante

Éblouit toujours le miroir,

Achetez des coupons de rente

Et mettez-les dans un tiroir.

Car un jour viendra, jour de jeûne,

Où, le doux printemps ayant fui,

Vous serez jeune, mais moins jeune

Que vous ne l'êtes aujourd'hui.

Lors, pour braver les épigrammes

Et garder les amants épris,

Il faudra des cheveux pour dames;

Vous savez qu'ils sont hors de prix.

On lui parlait ainsi. Mais elle

Répondit, fugitif éclair :

Merci, messieurs, pour votre zèle ;

J'ai la lèvre rouge et l'œil clair.

Je m'amuse, et la vie est douce ;

Regardez ma petite main.

Je roule et n'amasse pas mousse,

Comme la pierre du chemin.

Et je ris. Être ou ne pas être

Gaie, est la seule question.

Je ne prendrai personne en traître,

Pas même le prix Montyon.

J'erre, en emplissant ma corbeille

Des lys où l'aube a mis ses pleurs,

Et j'aspire, comme l'abeille,

Le suc des odorantes fleurs.

Thésauriser m'est impossible.

J'égrène ma folle chanson,

Et puis, j'ai le tort invincible

D'être aimante — comme chausson !