Avril

By Charles Grandsard

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Peux-tu bien, ô soleil ! réchauffer notre terre

Et prodiguer la vie à ses robustes flancs,

Raviver les couleurs de son riche parterre,

Et gonfler ses bourgeons de sève ruisselants !

Peut-elle bien aussi, l'aubépine embaumée,

De sa neige odorante argenter les buissons,

Et les petits oiseaux cachés sous, la ramée

Égayer la forêt de leurs vives chansons !

Et toi, Nature ! Et toi ! la riche broderie

Que pose sur ton front Avril, le doux charmeur,

Peux-tu bien t'en parer avec coquetterie !

Peux-tu sourire encor, quand la France se meurt !

Je t'aimais, ô Nature ! et de quelle tendresse !

Et, dès mes jeunes ans, mes deux plus chers souhaits

Étaient de vivre en toi, perfide enchanteresse,

De mourir sur ton sein… Maintenant j-e te hais !

Oui ! je hais ton zéphir qui murmure et qui passe

La chanson de l'oiseau, le parfum de la fleur,

Tout ce rayonnement d'ivresse dans l'espace,

Parce que ton ivresse insulte à ma douleur !

Quoi ! la terre des preux, cette terre bénie

Qui fit luire pour tous l'aube de meilleurs jours,

Qui longtemps éclaira le monde à son génie,

S'incline vers la tombe… et tu souris toujours !…