Bal décadent

By Gabriel Vicaire

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

C'était une danse

De la décadence.

Comme un menuet

Dolemment fluet.

C'était des chloroses

Et c'était des roses.

On ne sautait pas,

On allait au pas.

Mais les girandoles

Étaient presque folles.

Les lustres flambaient

Et les seins tombaient.

Dans ce flux de monde,

Je vis une blonde,

Aux yeux culottés

Par les voluptés,

En ses airs de morte,

Une vraie Eau-forte.

Ange mal bâti,

Gamin perverti,

Lune blêmissante

Et concupiscente,

Fleur d'opoponax,

Souvenir d'Anthrax,

Blafarde et vermeille.

Très jeune et très vieille,

Elle souriait,

Et m'extasiait :

«Article Paris,

Ta poudre de riz

D'une éteinte flamme

M'auréole l'âme.

Si tes yeux sont verts,

Mon cœur est pervers.

Ta désespérance,

Oh ! quelle attirance !

Laisse-moi t'aimer,

et me consumer !»

Je dis et m'élance.

Mais, motus, silence !

Faut pas s'emballer…

Voici s'en aller

Toute mon essence,

En déliquescence !!