Ballade à vigeant

By François Coppée

Written 1925-01-01 - 1925-01-01

La rapière, arme de butor,

Traîne au flanc des Maisons-moussues,

Et le futur « herr Professor »

Est fier des balafres reçues.

Mais le sabre lourd vainement

A l’épée a fait concurrence ;

Et, pour se battre galamment,

Il n’est de fin fleuret qu’en France.

Les lames de Tolède encor

Font leurs piqûres de sangsues.

A Madrid, par le matador

Les grâces d’armes sont bien sues.

Mais c’est trop d’enjolivement,

C’est trop faire la révérence.

Et, voulez-vous mon sentiment !

Il n’est de fin fleuret qu’en France.

Tu prends, Toscan, ô beau ténor,

Des poses tortes ou bossues.

Par ton épée aux quillons d’or

Que de poitrines décousues !

Car la ruse est ton élément.

Gare à la botte de Florence !-

N’importe ! fais ton testament.

Il n’est de fin fleuret qu’en France.

Maître, il reviendra, l’Allemand.

O victoire ! ô chère espérance !-

Enseigne-nous ton art charmant.

Il n’est de fin fleuret qu’en France.