Ballade berthe

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1939-01-01 - 1939-01-01

Berthe, ma fidèle servante

Qui me traitez en nourrisson,

Et, qu'il fasse beau, pleuve ou vente

Me cuisinez chair et poisson,

Qui toujours êtes là, fervente,

Afin que je m'en trouve mieux,

Je souhaite, longtemps vivante,

Qu'un jour vous me fermiez les yeux.

Vous n'êtes pas femme savante.

Ce n'est point là votre façon.

Telle qu'elle est, votre chanson

M'agrée, et, certes, je vous vante

De n'être rien que la suivante

Autour de mon front studieux.

Un jour viendra l'heure émouvante

Où vous me fermerez les yeux.

Parfois la vie est énervante,

Et je gronde et fais la leçon.

Certains jours, une humeur mouvante

Me fait sacrer comme un garçon.

L'amitié n'est pas décevante

Entre nous, pourtant. Toutes deux

Faisons la paix l'heure suivante,

Avant que de fermer les yeux.

O bonne présence qui hante

Ma solitude, soins pieux,

Quand viendra la grande épouvante,

C'est vous qui fermerez mes yeux.