Ballade de mes poupées
Written 1939-01-01 - 1939-01-01
Ce n'est pas un jeu de massacre,
Mais, jaunes, verts, rouges et bleus,
Gentils pantins, frais simulacres,
Peut-être même petits dieux.
Quels qu'ils soient, je les aime mieux
Que telles visites huppées.
A l'écart des gens ennuyeux,
Moi, je regarde mes poupées.
La nuit, parmi la fumée acre
De mon tabac voluptueux,
Je crois voir remuer la nacre
Des immobiles petits yeux.
Elles sont trente, deux à deux,
Au-dessus des livres campées.
L'ombre a des craquements ligneux.
Moi, je regarde mes poupées.
Au loin, un taxi, quelque fiacre,
Promène un couple d'amoureux.
Seule au travail, je me consacre
A mon rêve laborieux.
Je pourrais aussi, mais ne veux.
J'aime mieux d'autres échappées.
Cependant qu'ils font l'amour, eux,
Moi, je regarde mes poupées.
Je n'ai que trop, monde orageux,
Connu le goût de tes lippées !
Tandis que mon cœur se fait vieux,
Moi, je regarde mes poupées.