Ballade des cheveux coupés

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1939-01-01 - 1939-01-01

Foin de la toison d'immortelle

Qui nous tombait jusqu'au talon !

Les cheveux poudrés ? La dentelle ?

Nous avons, nous, pris du galon.

A nous haut de forme et melon !

Transformons le vieil anathème

Qui pesait sur nous comme plomb :

L'esprit court, les cheveux de même.

Rien, une toute petite aile

Suffit au minois brun ou blond.

« Oh ! C'est si commode !… » dit-elle.

Mais le coiffeur, en son salon,

Dix fois par mois fait le frelon

A l'entour de ce chrysanthème,

Répétant, devise ou flonflon :

« L'esprit court, les cheveux de même »

Voire à l'époque où l'on dételle,

Soit-elle échalas ou talion,

Sous les ciseaux elle pantèle.

(Qu'en dirait monsieur Fénelon ?)

A sa crinière d'étalon

Si les crins manquent, l'on en sème.

Dorés ? Gris ? Blancs ? Noirs ? C'est selon.

— L'esprit court, les cheveux de même.

O chignon, ô vieux diadème,

Rejoins les cendres d'Absalon !

Nous tenons, nous, le bon filon :

L'esprit court, les cheveux de même.